𝗠𝗼𝗻 𝗮𝗰𝘁𝗲 𝗱𝗲 𝗻𝗮𝗶𝘀𝘀𝗮𝗻𝗰𝗲 𝗲𝘀𝘁 𝗱𝗲𝘃𝗲𝗻𝘂 𝗳𝗮𝘂𝘅 à 𝟱𝟯 𝗮𝗻𝘀 » : 𝗾𝘂𝗮𝗻𝗱 𝘂𝗻𝗲 𝘃𝗶𝗲 𝗲𝗻𝘁𝗶è𝗿𝗲 𝗯𝗮𝘀𝗰𝘂𝗹𝗲 𝗮𝘂 𝗴𝘂𝗶𝗰𝗵𝗲𝘁 𝗱𝗲 𝗹'𝗮𝗱𝗺𝗶𝗻𝗶𝘀𝘁𝗿𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻
À 𝟓𝟑 𝐚𝐧𝐬, 𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐩𝐞𝐧𝐬𝐚𝐢𝐭 𝐬𝐢𝐦𝐩𝐥𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐚𝐜𝐜𝐨𝐦𝐩𝐥𝐢𝐫 𝐮𝐧𝐞 𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐥𝐢𝐭é 𝐚𝐝𝐦𝐢𝐧𝐢𝐬𝐭𝐫𝐚𝐭𝐢𝐯𝐞 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐦𝐢𝐥𝐥𝐢𝐞𝐫𝐬 𝐝𝐞 𝐜𝐢𝐭𝐨𝐲𝐞𝐧𝐬 𝐜𝐡𝐚𝐪𝐮𝐞 𝐣𝐨𝐮𝐫 : 𝐫𝐞𝐧𝐨𝐮𝐯𝐞𝐥𝐞𝐫 𝐬𝐨𝐧 𝐩𝐚𝐬𝐬𝐞𝐩𝐨𝐫𝐭 𝐞𝐭 𝐬𝐚 𝐜𝐚𝐫𝐭𝐞 𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥𝐞 𝐝’𝐢𝐝𝐞𝐧𝐭𝐢𝐭é. 𝐌𝐚𝐢𝐬 𝐝𝐞𝐫𝐫𝐢è𝐫𝐞 𝐜𝐞𝐭𝐭𝐞 𝐝é𝐦𝐚𝐫𝐜𝐡𝐞 𝐨𝐫𝐝𝐢𝐧𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐬’𝐞𝐬𝐭 𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐭 𝐮𝐧 𝐥𝐨𝐧𝐠 𝐜𝐡𝐞𝐦𝐢𝐧 𝐝’𝐢𝐧𝐪𝐮𝐢é𝐭𝐮𝐝𝐞, 𝐝𝐞 𝐝é𝐩𝐞𝐧𝐬𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐝’𝐢𝐧𝐭𝐞𝐫𝐫𝐨𝐠𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬. 𝐒𝐨𝐧 𝐚𝐜𝐭𝐞 𝐝𝐞 𝐧𝐚𝐢𝐬𝐬𝐚𝐧𝐜𝐞, 𝐝𝐨𝐜𝐮𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐪𝐮𝐢 𝐥’𝐚 𝐚𝐜𝐜𝐨𝐦𝐩𝐚𝐠𝐧é𝐞 𝐭𝐨𝐮𝐭𝐞 𝐬𝐚 𝐯𝐢𝐞, 𝐞𝐬𝐭 𝐚𝐮𝐣𝐨𝐮𝐫𝐝’𝐡𝐮𝐢 𝐫𝐞𝐦𝐢𝐬 𝐞𝐧 𝐜𝐚𝐮𝐬𝐞.
Une situation qui soulève une question essentielle : comment un document délivré par l’administration gabonaise peut-il devenir irrégulier plusieurs décennies plus tard ?
Tout commence au Centre de délivrance des documents d’identité et de voyage (CEDOC), où cette Gabonaise se présente pour renouveler ses pièces arrivées à expiration. Après vérification de son dossier, les agents lui expliquent que la copie de son acte de naissance, pourtant légalisée en 2021, ne répondrait plus aux nouvelles exigences administratives.
Il lui est demandé de faire établir une nouvelle procédure auprès des autorités de sa localité de naissance, à Ndjolé.
Face à cette situation, elle sollicite l’aide de son frère qui réside sur place. Celui-ci se rend alors à la préfecture avec les documents nécessaires pour tenter de régulariser la situation. C’est à ce moment que survient la nouvelle qui va bouleverser toute la dame .
« Mon frère m’a appelée pour me dire qu’il y avait un problème. Je ne pensais pas un seul instant qu’on allait me dire que mon acte de naissance était considéré comme faux », raconte-t-elle avec émotion.
Selon les informations qui lui auraient été communiquées, l’acte de naissance présenterait une irrégularité liée notamment à l’absence du nom du sous-préfet signataire sur le document. Une anomalie administrative qui remettrait aujourd’hui en question sa validité.
Mais derrière ce dossier administratif se cache une véritable épreuve humaine.
Une identité administrative remise en question
Pendant plus d’un demi-siècle, cet acte de naissance a servi de base à toute son existence administrative. Avec ce document, elle a obtenu ses diplômes, constitué ses dossiers professionnels, établi son numéro d’identification personnel (NIP), obtenu ses anciennes pièces d’identité et accompli de nombreuses démarches auprès de l’État.
D’où une interrogation majeure : si cet acte devient aujourd’hui irrégulier, quel regard porter désormais sur tous les documents obtenus grâce à lui ?
Ses diplômes pourraient-ils être contestés ? Son mariage enregistré sur cette base pourrait-il être remis en cause ? Ses anciens documents administratifs perdent-ils toute valeur ?
Autant de questions qui inquiètent de nombreux citoyens confrontés à cette nouvelle réalité.
Car au-delà du simple papier administratif, c’est une partie de l’histoire personnelle de milliers de Gabonais qui se retrouve fragilisée.
« J’ai construit toute ma vie avec ce document. J’ai travaillé, étudié et effectué toutes mes démarches avec cet acte. Aujourd’hui, on me dit qu’il n’est plus valable. Comment une pièce délivrée par l’État peut-elle devenir fausse avec le temps ? », s’interroge-t-elle.
Une procédure lourde et coûteuse pour les citoyens
Pour régulariser son dossier, un nouveau parcours administratif lui est imposé.
D’abord, il faut acheter un formulaire à la préfecture, pour un coût annoncé de 5 000 francs CFA. Ensuite, direction le tribunal compétent afin d’obtenir un jugement permettant de rétablir la situation, avec des frais pouvant osciller entre 45 000 et 70 000 francs CFA.
Après cette étape judiciaire, il faut encore retourner à la mairie de la localité d’origine pour l’établissement d’un nouvel acte de naissance.
Au total, entre les frais administratifs, le transport, l’hébergement et l’alimentation, une personne vivant dans une autre province pourrait dépenser près de 200 000 francs CFA pour une procédure qui, au départ, devait être une simple formalité.
Une charge financière difficile à supporter, notamment pour les personnes âgées ou celles disposant de revenus modestes.
Un parcours qui expose aussi à des risques
La situation devient encore plus complexe pour les citoyens éloignés de leur lieu de naissance.
Prenons l’exemple d’une personne travaillant à Libreville mais née à Ndjolé. Pour tenter de régulariser son acte, elle doit voyager jusqu’à Ndjolé, se rendre ensuite à Lambaréné pour les démarches judiciaires, revenir à Ndjolé pour la mairie avant de repartir vers Libreville.
Une succession de déplacements qui représente non seulement un coût élevé, mais aussi des risques liés aux longs trajets routiers.
Face à ces contraintes, certains citoyens pourraient renoncer à leurs démarches, se retrouvant alors bloqués pour le renouvellement de leur passeport, de leur carte nationale d’identité ou d’autres documents essentiels.
La nécessité d’une transition numérique de l’état civil
Cette situation remet également au centre du débat l’urgence de la digitalisation complète de l’état civil gabonais.
À l’heure où plusieurs administrations modernisent leurs services, la conservation numérique des actes de naissance apparaît comme une nécessité pour éviter que des citoyens soient pénalisés par des erreurs ou des insuffisances administratives datant de plusieurs décennies.
Les documents délivrés officiellement par l’État et utilisés pendant des années devraient pouvoir bénéficier d’un régime exceptionnel de reconnaissance, afin de protéger les citoyens de bonne foi.
Car une question demeure : un citoyen doit-il porter seul la responsabilité d’une éventuelle erreur commise par une administration qui lui a délivré un document reconnu pendant toute sa vie ?
Vers une solution adaptée pour les générations actuelles
Si la nécessité de sécuriser l’état civil national ne fait aucun doute, son application pourrait davantage concerner les nouvelles générations, avec des procédures modernisées dès l’enregistrement des naissances.
Pour les citoyens déjà détenteurs d’actes anciens, une procédure spéciale pourrait être envisagée dans les préfectures et mairies concernées, avec l’appui des chefs de quartiers et des autorités locales chargées de confirmer l’identité et l’origine des personnes concernées.
L’objectif serait d’éviter que des Gabonais ayant vécu toute leur existence avec des documents officiels se retrouvent soudainement considérés comme porteurs de pièces irrégulières.
Car derrière chaque acte de naissance, il n’y a pas seulement un numéro ou une signature. Il y a une vie, une histoire, une identité.
Et pour cette Gabonaise de 53 ans, une question reste suspendue : comment un acte reconnu par l’État pendant plus d’un demi-siècle peut-il devenir un problème administratif du jour au lendemain ?
Par Fredhérick EBIE EVOUNA Tel : 077410903
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