Affaire BR-Sarl : le combat judiciaire des épargnants entre enfin dans sa phase décisive
Libreville. Pendant près d'une décennie, ils n'ont vécu qu'au rythme des promesses, des reports et d'une attente devenue presque insoutenable. Jeudi 25 juin 2026, cette longue traversée du désert judiciaire a connu un tournant majeur. Dans la salle Padouk du nouveau Palais de justice de Libreville, des centaines de victimes de la faillite de la microfinance BR-Sarl ont enfin assisté à la première audience des procédures civiles engagées contre trois établissements bancaires qu'elles estiment avoir joué un rôle déterminant dans le fonctionnement de cette structure financière aujourd'hui disparue.
Au-delà de son caractère procédural, cette audience marque surtout le véritable point de départ d'un contentieux devenu, au fil des années, l'un des plus emblématiques du paysage financier gabonais. Derrière les dossiers empilés sur les bancs du tribunal se cache une réalité autrement plus lourde : celle de milliers de vies bouleversées par l'effondrement d'un système qui avait englouti les économies de toute une génération d'épargnants.
Une première étape judiciaire riche en symboles
L'audience s'est déroulée en deux temps, à 9 heures puis à 11 heures, devant la juridiction commerciale. Les magistrats ont essentiellement examiné les aspects procéduraux du dossier, notamment la recevabilité des différentes requêtes ainsi que les pièces produites par les parties.
À l'issue de cette première mise en état, le tribunal a renvoyé l'affaire au 9 juillet prochain, afin de permettre aux différentes parties de compléter leurs dossiers avec les documents sollicités avant l'ouverture des débats sur le fond.
Pour beaucoup, ce renvoi aurait pu être perçu comme un nouveau retard dans une procédure déjà interminable. Mais le Congrès des Agents Publics et Parapublics de l'État (CAPPE) tient à dissiper toute ambiguïté.
« Il ne s'agit pas d'un énième renvoi », affirme son président, Emmanuel Mvé Mba.
Selon lui, la procédure repart désormais sur des bases nouvelles.
« Nous avons entièrement repris notre procédure. Aujourd'hui, nous étions à la première assise consacrée à la mise en état du dossier. L'audience s'est déroulée normalement en deux phases. C'est une étape classique de toute procédure judiciaire. »
Un message destiné à rassurer les centaines de victimes qui redoutaient un nouvel enlisement du dossier.
Une confiance retrouvée après des années d'incertitude
L'atmosphère qui régnait à la sortie de l'audience contrastait avec le découragement qui avait longtemps accompagné cette affaire. Les représentants du collectif parlent désormais d'une justice véritablement saisie et d'un dossier enfin engagé sur la voie de son examen.
Le CAPPE indique avoir engagé des procédures civiles contre Ecobank Gabon S.A., UBA et Orabank Gabon, trois établissements que le collectif estime devoir répondre devant la justice des faits qui leur sont reprochés dans le cadre du fonctionnement de BR-Sarl.
Pour Emmanuel Mvé Mba, cette première audience constitue un signal encourageant.
« L'audience a été constructive. Même s'il devait y avoir d'autres renvois, l'essentiel est que le tribunal est désormais saisi. Nous sommes convaincus que cette affaire sera jugée et que les épargnants obtiendront justice. »
Cette conviction traduit une évolution majeure dans l'état d'esprit des victimes, longtemps marquées par le sentiment que leur dossier demeurait enlisé dans les méandres judiciaires.
L'enrôlement incomplet des dossiers soulève des interrogations
Si cette première comparution nourrit l'espoir, elle laisse néanmoins subsister plusieurs zones d'ombre.
Parmi les centaines de plaintes déposées par le cabinet d'avocats représentant les victimes, toutes n'ont pas été enrôlées lors de cette première phase de la procédure.
Une situation qui suscite l'incompréhension de nombreux épargnants.
« Nous sommes satisfaits de cette première audience, mais nous nous interrogeons. Pourquoi tous les dossiers n'ont-ils pas été enrôlés ? Est-ce lié au tribunal, aux avocats ou aux huissiers de justice ? Nous attendons des explications. »
Cette préoccupation dépasse une simple question administrative. Pour le collectif, il est indispensable que chaque victime puisse voir son dossier examiné afin qu'aucun épargnant ne soit laissé de côté après tant d'années d'attente.
BR-Sarl n'est pas La Poste : le CAPPE rappelle la différence juridique
Face aux nombreuses comparaisons établies avec le dossier de La Poste, Emmanuel Mvé Mba tient à rappeler que les deux affaires reposent sur des fondements juridiques totalement différents.
Selon lui, le contentieux BR-Sarl relève exclusivement du droit privé. Les actions engagées concernent principalement des établissements bancaires, mais également des institutions régionales comme la COBAC, ainsi que l'État gabonais dans le cadre de procédures distinctes.
À l'inverse, l'affaire de La Poste impliquait une entreprise publique, justifiant une intervention directe de l'État au bénéfice des épargnants.
« Nous sommes dans une procédure purement privée. Elle exige des décisions de justice, tant au niveau national que régional. Nous poursuivrons ce combat avec sérénité jusqu'à son terme. »
Cette précision permet de mieux comprendre pourquoi les mécanismes de règlement diffèrent profondément entre les deux dossiers.
Derrière la procédure, des vies brisées
Au-delà des débats juridiques, cette affaire demeure avant tout une tragédie humaine.
Dans les rangs des victimes se trouvent des retraités qui ont perdu le fruit de toute une carrière, des commerçants privés du capital nécessaire à la poursuite de leurs activités, des parents incapables de financer les études de leurs enfants, mais aussi des salariés qui avaient confié à BR-Sarl les économies de plusieurs années de travail.
Pour ces femmes et ces hommes, cette audience ne constitue pas seulement une étape judiciaire. Elle représente l'espoir, longtemps différé, de voir enfin les responsabilités établies et les préjudices reconnus.
Près de dix ans après l'effondrement de BR-Sarl, la bataille judiciaire entre désormais dans une phase concrète. Les regards sont désormais tournés vers le 9 juillet prochain, date à laquelle le tribunal poursuivra l'examen d'un dossier dont les enjeux dépassent largement le seul cadre des indemnisations.
Car au-delà des réparations attendues, cette procédure met à l'épreuve une question essentielle pour l'ensemble de la société gabonaise : la capacité de la justice à répondre, avec impartialité et dans un délai raisonnable, à l'un des plus longs et des plus sensibles contentieux financiers de ces dernières années. Pour les victimes, l'enjeu est désormais clair : obtenir non seulement réparation, mais aussi la reconnaissance judiciaire d'un préjudice qui, pendant près d'une décennie, est resté sans réponse.
Par Fredhérick EBIE EVOUNA Tel : 077410903
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