« Les idées n'ont pas besoin de quotas » : Mathias Otounga Ossibadjouo défend la liberté politique et appelle à réguler les financements publics.

Alors que la réflexion sur la restructuration du paysage politique gabonais s'intensifie à la suite des récentes déclarations du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, devant le Parlement réuni en Congrès, les prises de position se multiplient au sein de la classe politique. Invité de Panafrik Médias, l'ancien ministre de la République et président du parti REGARD, Mathias Otounga Ossibadjouo, plaide pour une réforme qui distingue clairement la liberté d'organisation politique du financement public des formations partisanes.

Pour l'ancien membre du gouvernement, le véritable enjeu n'est pas le nombre de partis politiques que compte le Gabon, mais les conditions dans lesquelles ceux-ci peuvent prétendre au soutien financier de l'État.

« Une idée n'a pas besoin de milliers de personnes pour exister »

Dès l'entame de son intervention, Mathias Otounga Ossibadjouo rappelle que la création d'un parti politique procède avant tout d'une liberté fondamentale garantie par la Constitution.

« On n'a pas besoin d'être 5 000 ou 10 000 personnes pour partager une idée », affirme-t-il, estimant qu'aucune démocratie ne devrait limiter quantitativement le droit des citoyens à se regrouper autour d'une vision ou d'un projet politique.

À ses yeux, la pluralité des opinions constitue l'un des fondements essentiels du débat démocratique. Restreindre l'existence des partis sur la base d'un seuil d'adhérents reviendrait, selon lui, à porter atteinte à cette liberté.

La question des finances publiques au cœur du débat

Si l'ancien ministre défend sans réserve la liberté d'association politique, il considère néanmoins que les préoccupations exprimées par le chef de l'État sur la rationalisation du système partisan méritent d'être prises en considération.

« Tant que des citoyens se regroupent pour défendre une idée, cela ne gêne personne. Là où cela devient problématique, c'est lorsqu'ils sollicitent une prise en charge de l'État », explique-t-il.
Selon le président de REGARD, le débat devrait donc se concentrer sur les modalités d'accès aux ressources publiques plutôt que sur le nombre de formations politiques autorisées à exister.

Il propose ainsi la mise en place de critères objectifs fondés sur la représentativité, le nombre d'adhérents ou encore les résultats électoraux, afin de déterminer quelles formations peuvent bénéficier des subventions de l'État ou des financements liés aux consultations électorales.

« On peut parfaitement exiger une représentativité minimale pour accéder aux fonds publics, sans pour autant empêcher les citoyens de s'organiser et de réfléchir ensemble », soutient-il.

Le suffrage universel ne se mesure pas au nombre

Pour étayer son raisonnement, Mathias Otounga Ossibadjouo invoque les principes mêmes de la démocratie représentative.
Il rappelle que la légitimité politique naît du suffrage universel et non du volume de la base électorale. Certaines circonscriptions, observe-t-il, comptent peu d'électeurs, sans que cela n'enlève aux élus qui en sont issus les mêmes prérogatives que celles de leurs homologues représentant des bassins démographiques plus importants.
« Les votes commencent toujours par une voix, puis deux, puis trois. On ne peut pas fixer arbitrairement le moment où une opinion devient légitime », insiste-t-il.

Pour lui, imposer un nombre minimum d'adhérents comme condition d'existence des partis reviendrait à fragiliser l'un des principes fondamentaux de la démocratie : l'égalité des voix.

L'exemple des grandes démocraties

L'ancien ministre cite également l'expérience de plusieurs démocraties occidentales, notamment la France et les États-Unis, où coexistent une multitude de partis politiques, dont certains ne bénéficient d'aucune aide publique.

Ces formations continuent pourtant d'exister légalement, de participer au débat d'idées et parfois aux élections, en attendant de remplir les critères ouvrant droit aux financements publics.

« Ils poursuivent leur activité, parfois dans une relative discrétion, jusqu'à ce qu'ils atteignent le niveau de représentativité requis », explique-t-il.

Pour Mathias Otounga Ossibadjouo, cette séparation entre liberté politique et financement public constitue un équilibre sain entre pluralisme démocratique et maîtrise des dépenses de l'État.
Vers une réforme fondée sur l'équilibre

Au-delà de la controverse sur le nombre de partis politiques, le président du parti REGARD appelle à une réforme fondée sur deux principes complémentaires : la préservation des libertés fondamentales et la responsabilité dans la gestion des deniers publics.

Selon lui, la question essentielle n'est pas de savoir combien de partis le Gabon doit compter, mais quels critères doivent être réunis pour qu'une formation politique puisse prétendre à un accompagnement financier de l'État.

Une approche qui apporte une contribution supplémentaire au débat ouvert sur la recomposition de la vie politique nationale. À l'heure où les autorités réfléchissent aux contours d'un nouveau système partisan, la recherche d'un équilibre entre pluralisme démocratique, efficacité institutionnelle et rationalisation des ressources publiques apparaît plus que jamais au cœur des enjeux.

Par Fredhérick EBIE EVOUNA Tel : 077410903 

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