𝗟𝗔 𝗚𝗘𝗦𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗗𝗘 𝗟𝗔 𝗖𝗜𝗧É

𝗟𝗔 𝗚𝗘𝗦𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗗𝗘 𝗟𝗔 𝗖𝗜𝗧É

𝗢𝗻 𝗯𝘂𝗱𝗴é𝘁𝗶𝘀𝗲, 𝗺𝗮𝗶𝘀 𝗼𝗻 𝗻𝗲 𝗱é𝗰𝗮𝗶𝘀𝘀𝗲 𝗽𝗮𝘀 :

Le mal profond de l'investissement public au Gabon

𝟮𝟯 %. 𝗖'𝗲𝘀𝘁 𝗹𝗮 𝗽𝗮𝗿𝘁 𝗱𝗲𝘀 𝗶𝗻𝘃𝗲𝘀𝘁𝗶𝘀𝘀𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁𝘀 𝗽𝘂𝗯𝗹𝗶𝗰𝘀 𝗲𝗳𝗳𝗲𝗰𝘁𝗶𝘃𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗲𝘅é𝗰𝘂𝘁é𝘀 𝗮𝘂 𝗽𝗿𝗲𝗺𝗶𝗲𝗿 𝘀𝗲𝗺𝗲𝘀𝘁𝗿𝗲 𝟮𝟬𝟮𝟲, 𝘀𝘂𝗿 𝘂𝗻 𝗯𝘂𝗱𝗴𝗲𝘁 𝗽𝗼𝘂𝗿𝘁𝗮𝗻𝘁 𝗮𝗺𝗽𝘂𝘁é 𝗱𝗲 𝟴𝟲𝟯 𝗺𝗶𝗹𝗹𝗶𝗮𝗿𝗱𝘀 𝗱𝗲 𝗙𝗖𝗙𝗔 𝗽𝗮𝗿 𝗹𝗮 𝗹𝗼𝗶 𝗱𝗲 𝗳𝗶𝗻𝗮𝗻𝗰𝗲𝘀 𝗿𝗲𝗰𝘁𝗶𝗳𝗶𝗰𝗮𝘁𝗶𝘃𝗲. 𝗖𝗲 𝗰𝗵𝗶𝗳𝗳𝗿𝗲, 𝗽𝗹𝘂𝘀 𝗾𝘂𝗲 𝘁𝗼𝘂𝘁 𝗰𝗼𝗺𝗺𝘂𝗻𝗶𝗾𝘂é 𝗼𝗳𝗳𝗶𝗰𝗶𝗲𝗹, 𝗿é𝘀𝘂𝗺𝗲 𝗹'é𝘁𝗮𝘁 𝗿é𝗲𝗹 𝗱𝗲𝘀 𝗳𝗶𝗻𝗮𝗻𝗰𝗲𝘀 𝗽𝘂𝗯𝗹𝗶𝗾𝘂𝗲𝘀 𝗴𝗮𝗯𝗼𝗻𝗮𝗶𝘀𝗲𝘀 à 𝗹'𝗲𝗻𝘁𝗮𝗺𝗲 𝗱𝗲𝘀 𝗰𝗼𝗻𝗳é𝗿𝗲𝗻𝗰𝗲𝘀 𝗯𝘂𝗱𝗴é𝘁𝗮𝗶𝗿𝗲𝘀 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗹𝗮 𝗹𝗼𝗶 𝗱𝗲 𝗳𝗶𝗻𝗮𝗻𝗰𝗲𝘀 𝟮𝟬𝟮𝟳. 𝗜𝗹 𝗿é𝘃è𝗹𝗲 𝘂𝗻 𝗽𝗮𝗿𝗮𝗱𝗼𝘅𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝗹𝗮 𝗖𝗶𝘁é 𝗻𝗲 𝗽𝗲𝘂𝘁 𝗽𝗹𝘂𝘀 𝗶𝗴𝗻𝗼𝗿𝗲𝗿 : 𝗹'É𝘁𝗮𝘁 𝘃𝗼𝘁𝗲, 𝗽𝗿𝗼𝗺𝗲𝘁, 𝗯𝘂𝗱𝗴é𝘁𝗶𝘀𝗲 — 𝗲𝘁 𝗽𝗲𝗶𝗻𝗲 à 𝘁𝗿𝗮𝗻𝘀𝗳𝗼𝗿𝗺𝗲𝗿 𝗰𝗲𝘀 𝗲𝗻𝗴𝗮𝗴𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁𝘀 𝗲𝗻 𝗿𝗼𝘂𝘁𝗲𝘀, 𝗲𝗻 é𝗰𝗼𝗹𝗲𝘀, 𝗲𝗻 𝗿é𝘀𝗲𝗮𝘂𝘅 𝗱'𝗲𝗮𝘂 𝗲𝘁 𝗱'é𝗹𝗲𝗰𝘁𝗿𝗶𝗰𝗶𝘁é.

UN SIGNAL D'ALARME POUR LES INVESTISSEMENTS PUBLICS

Sur les six premiers mois de 2026, l'État n'a réalisé que 23 % de son objectif d'investissement. Le déficit du semestre s'est ainsi limité à 3 % du PIB — un chiffre qui, en apparence, rassure. Mais qu'on ne s'y trompe pas : cette sous-exécution ne traduit pas une discipline choisie, elle traduit une contrainte de trésorerie. L'État budgétise ce qu'il voudrait faire ; il ne décaisse que ce que ses caisses lui permettent. C'est le paradoxe d'un budget qui affiche des ambitions que la réalité des recettes ne peut pas soutenir.

QUAND LE BUDGET VOTÉ NE SE TRANSFORME PAS EN INVESTISSEMENTS

▪ Budget rectificatif 2026 : 5 495,2 Md FCFA, contre 6 358,2 Md initialement votés (-862,9 Md)
▪ Investissements ramenés à : 1 202 Md FCFA, contre 2 132 Md inscrits en loi initiale (-973 Md)
▪ Taux d'exécution des investissements au S1 2026 : 23 %
▪ Déficit du semestre : limité à 3 % du PIB — par sous-décaissement, non par choix
▪ Service de la dette : plus de 1 309 Md FCFA absorbés sur le budget rectificatif

Ces chiffres, mis bout à bout, racontent une même histoire : celle d'un écart croissant entre l'autorisation budgétaire et la capacité réelle de l'État à la mettre en œuvre. Voter un crédit n'a jamais suffi à construire une route. Encore faut-il que la trésorerie suive, que les circuits de décaissement fonctionnent, et que les priorités budgétaires ne soient pas, année après année, sacrifiées sur l'autel du remboursement de la dette.

L'ALERTE DU CITOYEN

Il serait facile de se satisfaire d'un déficit contenu. Mais un déficit contenu par sous-exécution n'est pas une victoire de gestion : c'est un aveu. Chaque milliard budgétisé et non décaissé est un chantier qui n'avance pas, un service public qui reste en attente, une promesse qui s'use avant même d'avoir été tenue. Le Programme national de croissance et de développement 2026-2030 ne pourra se déployer sur le terrain que si l'État retrouve sa capacité à transformer l'autorisation budgétaire en réalisation concrète.

BUDGET 2027 : FAUDRA-T-IL CHANGER DE MÉTHODE POUR SORTIR DU PIÈGE DES DÉCAISSEMENTS ?

C'est précisément l'ambition affichée par le vice-président du Gouvernement, Hermann IMMONGAULT, à l'ouverture des conférences budgétaires 2027 : passer d'un budget de moyens à un budget de résultats. Chaque demande de crédit devra désormais être classée en « Première nécessité, Encours et Mesures nouvelles » et justifiée au premier franc CFA. Sur le papier, la méthode est la bonne réponse au mal diagnostiqué : arrêter de budgétiser des intentions pour ne financer que ce que l'État peut réellement exécuter et suivre jusqu'au décaissement final.

Mais une méthode ne vaut que par sa mise en œuvre. Le vrai test de la loi de finances 2027 ne se jouera pas au moment du vote, mais douze mois plus tard, quand il faudra mesurer non plus ce qui a été promis, mais ce qui a été réellement construit, payé et livré aux populations.

LE MOT DU CITOYEN

L'exécution budgétaire est devenue le véritable défi du financement public au Gabon — plus encore, peut-être, que la question du volume de la dette ou de la signature d'un programme avec le FMI. Un État peut emprunter avec discipline, négocier avec méthode, et pourtant continuer à décevoir s'il ne parvient pas à transformer ses budgets en investissements tangibles. Sortir du piège des décaissements exigera plus qu'une nomenclature budgétaire mieux tenue : il faudra une chaîne de la dépense publique fluide, des trésoreries sectorielles fiables, et un suivi transparent, trimestre après trimestre, de ce qui a été effectivement exécuté. C'est à cette seule condition que le budget voté cessera d'être une promesse et deviendra, enfin, un chantier.

Francis Jean Jacques EVOUNA
Citoyen Gabonais

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