𝗚𝗮𝗯𝗼𝗻/𝗡𝘆𝗮𝗻𝗴𝗮 : 7 𝗺𝗶𝗹𝗹𝗶𝗮𝗿𝗱𝘀,𝗹𝗲𝘀 𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲𝗽𝗿𝗶𝘀𝗲𝘀 𝘀𝗼𝗺𝗺é𝗲𝘀 𝗱𝗲 𝗿𝗲𝗻𝗱𝗿𝗲 𝗱𝗲𝘀 𝗰𝗼𝗺𝗽𝘁𝗲𝘀 , 𝘂𝗻𝗲 𝗱é𝗺𝗮𝗿𝗰𝗵𝗲 𝗮𝗽𝗽𝗲𝗹é𝗲 à 𝘁𝗼𝘂𝗰𝗵𝗲𝗿 𝘁𝗼𝘂𝘁𝗲𝘀 𝗹𝗲𝘀 𝗽𝗿𝗼𝘃𝗶𝗻𝗰𝗲𝘀
𝗟𝗶𝗯𝗿𝗲𝘃𝗶𝗹𝗹𝗲 — 𝗣𝗲𝗻𝗱𝗮𝗻𝘁 𝗱𝗲𝘀 𝗺𝗼𝗶𝘀, 𝗹𝗲𝘀 7 𝗺𝗶𝗹𝗹𝗶𝗮𝗿𝗱𝘀 𝗱𝗲 𝗳𝗿𝗮𝗻𝗰𝘀 𝗖𝗙𝗔 𝗱𝗲𝘀𝘁𝗶𝗻é𝘀 à 𝗹𝗮 𝗡𝘆𝗮𝗻𝗴𝗮 𝗼𝗻𝘁 é𝘁é 𝗮𝘀𝘀𝗼𝗰𝗶é𝘀 à 𝘂𝗻𝗲 𝗽𝗿𝗼𝗺𝗲𝘀𝘀𝗲 𝘀𝗶𝗺𝗽𝗹𝗲 : 𝘁𝗿𝗮𝗻𝘀𝗳𝗼𝗿𝗺𝗲𝗿 𝗹𝗲𝘀 𝗯𝗲𝘀𝗼𝗶𝗻𝘀 𝗱𝗲𝘀 𝗽𝗼𝗽𝘂𝗹𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗲𝗻 𝗿é𝗮𝗹𝗶𝘀𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀 𝘃𝗶𝘀𝗶𝗯𝗹𝗲𝘀. 𝗥𝗼𝘂𝘁𝗲𝘀, é𝗰𝗼𝗹𝗲𝘀, 𝘀𝘁𝗿𝘂𝗰𝘁𝘂𝗿𝗲𝘀 𝘀𝗮𝗻𝗶𝘁𝗮𝗶𝗿𝗲𝘀, 𝗼𝘂𝘃𝗿𝗮𝗴𝗲𝘀 𝗵𝘆𝗱𝗿𝗮𝘂𝗹𝗶𝗾𝘂𝗲𝘀, 𝗶𝗻𝗳𝗿𝗮𝘀𝘁𝗿𝘂𝗰𝘁𝘂𝗿𝗲𝘀 𝗱𝗲 𝗽𝗿𝗼𝘅𝗶𝗺𝗶𝘁é : 𝗹'𝗮𝗿𝗴𝗲𝗻𝘁 𝗽𝘂𝗯𝗹𝗶𝗰 𝗱𝗲𝘃𝗮𝗶𝘁 𝘀𝗲 𝘁𝗿𝗮𝗱𝘂𝗶𝗿𝗲 𝗽𝗮𝗿 𝗱𝗲𝘀 𝗰𝗵𝗮𝗻𝘁𝗶𝗲𝗿𝘀
Trois ans plus tard, une partie de ces promesses reste difficile à retrouver sur le terrain.
Le 3 septembre 2026, le dossier a franchi une nouvelle étape. Le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, a convoqué à Libreville les responsables des entreprises attributaires de marchés financés dans le cadre de cette dotation spéciale. La liste publiée par les autorités compte 21 sociétés.
La question n'est donc plus seulement de savoir combien d'argent a été annoncé.
Il faut désormais savoir où il est allé, quels travaux ont été effectivement réalisés, à quel coût et avec quels résultats.
La dotation de la Nyanga s'inscrivait dans une politique plus large lancée pendant la Transition. En 2024, le gouvernement avait annoncé une enveloppe de 7 milliards de francs CFA pour chacune des provinces visitées dans le cadre de la tournée républicaine du président Brice Clotaire Oligui Nguema.
Les fonds devaient notamment permettre de financer des projets prioritaires dans des secteurs aussi essentiels que l'eau, l'énergie, la santé, l'éducation et les infrastructures.
Dans la Nyanga, les annonces étaient particulièrement attendues. La province cumule depuis des années des difficultés liées à l'état des routes, à l'accès à l'eau et aux services publics.
L'enveloppe devait donc être plus qu'une ligne budgétaire.
Elle devait être visible dans la vie quotidienne des habitants.
C'est précisément là que le malaise commence.
Sur le papier, le programme était ambitieux. Sur le terrain, les constats relayés ces derniers mois ont fait apparaître des chantiers inachevés, des ouvrages dont l'état d'exécution suscite des interrogations et des projets dont les populations peinent à mesurer les effets.
Une mission d'évaluation avait d'ailleurs été menée en avril 2026 dans la province pour examiner l'état des chantiers publics, notamment ceux liés à l'enveloppe de 7 milliards.
La convocation des entreprises intervient donc après plusieurs mois de questionnements.
Elle ne signifie pas, à elle seule, que les entreprises concernées sont coupables de détournement ou de mauvaise gestion. Le communiqué de convocation ne précise d'ailleurs ni les sanctions envisagées ni les conclusions définitives des contrôles.
Mais elle pose une exigence devenue incontournable : la redevabilité.
Le dossier a pris une nouvelle dimension après les déclarations publiques de Jonathan Ignoumba, ancien ministre et figure politique de la province.
Selon les éléments rapportés par plusieurs médias, il a expliqué que les projets avaient été répartis entre les six départements de la Nyanga et que les entreprises avaient été retenues dans le cadre d'un dispositif local, sans procédure formelle d'appel d'offres telle qu'on pourrait normalement l'attendre d'une commande publique.
Ces déclarations doivent naturellement être confrontées aux documents administratifs et contractuels.
Car une question essentielle demeure : sur quelle base juridique et financière chaque entreprise a-t-elle obtenu son marché ?
Quels étaient les cahiers des charges ?
Quels montants ont été versés ?
À quelles dates ?
Quels délais d'exécution avaient été fixés ?
Quelles pénalités étaient prévues en cas de retard ?
Et surtout : qui a réceptionné les travaux ?
C'est à ce niveau que l'affaire dépasse le simple débat politique.
Elle devient une question de gestion des deniers publics.
La pression ne vient plus uniquement des institutions.
Depuis plusieurs semaines, des images circulant sur les réseaux sociaux ont montré des infrastructures présentées comme inachevées ou abandonnées. L'activiste Lionel Giovani Boulingui a largement contribué à rendre visibles ces situations sur le terrain.
Son interpellation à Tchibanga, dans le cadre d'une plainte pour diffamation, a également donné une dimension supplémentaire à cette affaire.
Car désormais, chaque chantier peut être filmé.
Chaque bâtiment peut être photographié.
Chaque route peut être parcourue.
Et chaque citoyen peut comparer une annonce officielle avec la réalité observée sur le terrain.
Le téléphone portable est devenu, à sa manière, un outil de contrôle citoyen.
C'est probablement la question la plus importante que soulève aujourd'hui le dossier.
La Nyanga a bénéficié de 7 milliards.
Mais d'autres provinces ont également bénéficié de cette enveloppe.
Le gouvernement avait clairement indiqué que ce dispositif concernait les différentes provinces visitées par le président de la Transition. Le cadre de gestion présenté en juillet 2024 prévoyait une implication des responsables politiques locaux et des personnels de commandement, avec un contrôle institutionnel.
Le Moyen-Ogooué a ainsi bénéficié d'une enveloppe de 7 milliards pour des projets prioritaires.
L'Ogooué-Maritime a également reçu une dotation de 7 milliards.
L'Ogooué-Ivindo a, elle aussi, été concernée par cette enveloppe, avec des projets annoncés dans plusieurs secteurs, notamment la santé et les infrastructures.
La Ngounié figure également parmi les provinces ayant bénéficié de cette dotation.
Et les documents officiels de la Présidence indiquent explicitement que le principe retenu était celui d'une enveloppe de 7 milliards pour chaque province concernée.
Dès lors, une interrogation nationale apparaît.
Si l'on demande aujourd'hui des comptes pour la Nyanga, pourquoi ne pas dresser le même état des lieux dans les autres provinces ?
La réponse pourrait être simple : publier.
Publier les montants attribués.
Publier la liste des projets.
Publier les entreprises retenues.
Publier les montants de chaque marché.
Publier les délais d'exécution.
Publier les taux de réalisation.
Publier les procès-verbaux de réception.
Et, lorsque les travaux ne sont pas conformes, expliquer pourquoi.
Une telle démarche aurait un double avantage.
Elle permettrait d'abord de protéger les ressources publiques.
Mais elle permettrait aussi de protéger les entreprises qui ont réellement exécuté leurs contrats contre les accusations générales et les amalgames.
La transparence ne doit pas seulement servir à sanctionner les défaillances. Elle doit également permettre de reconnaître ce qui a été correctement fait.
Pour une administration, 7 milliards de francs CFA peuvent apparaître comme une enveloppe budgétaire.
Pour une population, ils représentent des kilomètres de routes, des salles de classe, des forages, des centres de santé, des ponts, de l'éclairage public et des équipements.
Autrement dit, derrière chaque milliard, il y a une attente.
Derrière chaque marché, il y a une responsabilité.
Et derrière chaque chantier abandonné, il y a potentiellement une population qui continue de vivre avec le même problème.
C'est pourquoi le véritable enjeu de la Nyanga ne se limite pas à rechercher d'éventuelles responsabilités individuelles.
Il est de savoir si l'État dispose désormais d'un système capable de suivre un franc public du décaissement jusqu'à la réalisation physique.
La convocation des 21 entreprises est une étape.
Elle ne constitue pas encore une conclusion.
Le véritable test sera la suite.
Si les contrôles établissent que certains marchés ont été mal exécutés, il faudra identifier les responsabilités et appliquer les règles.
Si des entreprises démontrent, documents à l'appui, qu'elles ont exécuté leurs contrats, elles devront être mises hors de cause.
Si des irrégularités administratives sont établies, elles devront également être documentées.
Et si des infractions pénales sont caractérisées, la justice devra pouvoir agir en toute indépendance.
C'est à cette condition que cette affaire pourra dépasser le stade de la polémique.
La Transition a beaucoup parlé de restauration de l'État, de rupture avec les pratiques du passé et de lutte contre l'impunité.
La gestion des enveloppes provinciales offre aujourd'hui une occasion concrète de traduire ces principes en actes.
La lumière ne consiste pas seulement à montrer les chantiers qui n'ont pas été achevés.
Elle consiste à ouvrir les dossiers.
À montrer les contrats.
À retracer les paiements.
À mesurer les réalisations.
À entendre les entreprises.
À écouter les populations.
Et à rendre public le résultat.
La Nyanga pourrait ainsi devenir plus qu'un dossier de plus dans l'actualité gabonaise.
Elle pourrait devenir le point de départ d'un grand audit national des enveloppes provinciales.
Car la question n'est finalement pas : où sont passés les 7 milliards de la Nyanga ?
La vraie question est plus vaste :
que sont devenus les milliards promis aux provinces du Gabon, et qu'est-ce que les populations peuvent aujourd'hui voir, toucher et mesurer avec cet argent public ?
C'est là que se trouve la véritable lumière.
Par Fredhérick EBIE EVOUNA Tel : 077410903
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