𝗦𝗼𝗹𝗶𝗽𝗮𝗱 : 𝗹𝗲 𝗺𝗶𝗻𝗶𝘀𝘁𝗿𝗲 𝗱𝘂 𝗧𝗿𝗮𝘃𝗮𝗶𝗹 𝗱é𝗻𝗼𝗻𝗰𝗲 𝗱𝗲𝘀 𝗰𝗼𝗻𝗱𝗶𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗱𝗲 𝘁𝗿𝗮𝘃𝗮𝗶𝗹 « 𝗶𝗻𝗮𝗰𝗰𝗲𝗽𝘁𝗮𝗯𝗹𝗲𝘀 »
Au Gabon, le ministre du Travail a constaté de ses yeux les conditions de travail dans une société de distribution. Ce qu'il y a vu dépasse le cas d'une seule entreprise.
𝐼𝑙 𝑎𝑣𝑎𝑖𝑡 𝑑é𝑗à 𝑎𝑟𝑝𝑒𝑛𝑡é 𝑏𝑖𝑒𝑛 𝑑𝑒𝑠 𝑒𝑛𝑡𝑟𝑒𝑝𝑟𝑖𝑠𝑒𝑠, 𝑚𝑎𝑖𝑠 𝑙𝑒 𝑚𝑖𝑛𝑖𝑠𝑡𝑟𝑒 𝑑𝑢 𝑇𝑟𝑎𝑣𝑎𝑖𝑙, 𝑐ℎ𝑎𝑟𝑔é 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑙𝑢𝑡𝑡𝑒 𝑐𝑜𝑛𝑡𝑟𝑒 𝑙𝑒 𝑐ℎô𝑚𝑎𝑔𝑒, 𝑃𝑎𝑡𝑟𝑖𝑐𝑘 𝐵𝑎𝑟𝑏𝑒𝑟𝑎 𝐼𝑠𝑎𝑎𝑐, 𝑎𝑣𝑜𝑢𝑒 𝑛'𝑎𝑣𝑜𝑖𝑟 « 𝑗𝑎𝑚𝑎𝑖𝑠 é𝑡é 𝑎𝑢𝑠𝑠𝑖 𝑐ℎ𝑜𝑞𝑢é ». 𝑆𝑎 𝑣𝑖𝑠𝑖𝑡𝑒 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑙𝑒𝑠 𝑙𝑜𝑐𝑎𝑢𝑥 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑠𝑜𝑐𝑖é𝑡é 𝑑𝑒 𝑑𝑖𝑠𝑡𝑟𝑖𝑏𝑢𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑆𝑜𝑙𝑖𝑝𝑎𝑑, 𝑑𝑜𝑛𝑡 𝑙𝑒 𝑟𝑒𝑝𝑜𝑟𝑡𝑎𝑔𝑒 𝑎 é𝑡é 𝑑𝑖𝑓𝑓𝑢𝑠é 𝑠𝑢𝑟 𝐺𝑎𝑏𝑜𝑛 1è𝑟𝑒, 𝑙𝑎 𝑝𝑟𝑒𝑚𝑖è𝑟𝑒 𝑐ℎ𝑎î𝑛𝑒 𝑑𝑒 𝑡é𝑙é𝑣𝑖𝑠𝑖𝑜𝑛 𝑔𝑎𝑏𝑜𝑛𝑎𝑖𝑠𝑒, 𝑎 𝑚𝑖𝑠 𝑎𝑢 𝑗𝑜𝑢𝑟 𝑢𝑛𝑒 𝑟é𝑎𝑙𝑖𝑡é 𝑞𝑢𝑒 𝑏𝑒𝑎𝑢𝑐𝑜𝑢𝑝 𝑠𝑜𝑢𝑝ç𝑜𝑛𝑛𝑎𝑖𝑒𝑛𝑡 𝑠𝑎𝑛𝑠 𝑜𝑠𝑒𝑟 𝑙𝑎 𝑟𝑒𝑔𝑎𝑟𝑑𝑒𝑟 𝑒𝑛 𝑓𝑎𝑐𝑒.
Des journées sans fin, des contrats sans existence
Pas de contrat d'embauche. Pas de gestionnaire du personnel. Des agents réduits au statut de simples journaliers, contraints de travailler entre 10 et 15 heures par jour, sans que leurs heures supplémentaires soient reconnues, encore moins rémunérées. Payés chaque jour en espèces, sans bulletin de paie, ils vivent au rythme d'un lendemain jamais garanti.
Certains sont là depuis dix ans. Dix ans de « journalier », c'est-à-dire dix ans de précarité déguisée en dépannage. « On leur a expliqué que le travail journalier est accepté jusqu'à la limite d'une semaine, et qu'après, ça devient un quasi-CDI », a rappelé le ministre. Cette règle, simple et protectrice, n'a visiblement jamais franchi la porte de l'entreprise.
Une première mission restée sans réponse
Cette descente ministérielle n'est pas la première. Une mission d'inspecteurs du travail avait déjà été menée, sans suite : face au silence de la direction et à la rétention d'informations, les inspecteurs n'avaient pu aller plus loin. Cette fois, le ministre a entendu à la fois le patronat et le personnel, et ses recommandations, relayées par les caméras de Gabon 1ère, sont fermes.
Il exige le recrutement d'un responsable des ressources humaines permanent, gabonais, qui connaisse le droit du travail. Le poste est aujourd'hui assuré par une personne qui se limite au pointage, aux heures d'arrivée et de départ. Elle ne maîtrise pas bien le français, et la compréhension avec les employés en souffre. « Ce n'est pas suffisant », a tranché le ministre. Il demande aussi la fourniture d'équipements de protection individuelle et l'élaboration d'un plan de circulation sur le site, pour la sécurité de ceux qui y travaillent.
Cette première étape sera suivie d'une mission de la Direction provinciale du travail, chargée d'approfondir le contrôle.
Au-delà de Solipad, un système
Il serait confortable de croire à un cas isolé. Ce serait une erreur. Le mécanisme décrit à Solipad, c'est-à-dire le journalier permanent, le paiement en espèces, l'absence de contrat et les heures supplémentaires passées sous silence, est une pratique que l'on soupçonne dans bien d'autres sociétés. Elle prospère là où les contrôles sont rares, où le chômage rend chaque emploi précieux et où le salarié n'ose pas réclamer ses droits de peur de perdre son gagne-pain.
Les conséquences dépassent chaque employé. Sans contrat, il n'y a ni cotisations sociales, ni couverture maladie, ni retraite. Sans bulletin de paie, il n'y a ni crédit bancaire, ni location, ni projet d'avenir. Pour l'État, ce sont des recettes sociales et fiscales qui s'évaporent. Et pour les entreprises respectueuses de la loi, c'est une concurrence déloyale.
L'urgence d'agir
La visite d'un ministre, même largement diffusée sur la première chaîne du pays, ne suffira pas. Elle a le mérite de lever le voile, mais un constat sans sanction n'est qu'un constat de plus. Les plus hautes autorités sont désormais face à un choix : laisser la règle devenir lettre morte, ou la faire respecter.
Cela suppose des inspections du travail dotées de moyens réels, des contrôles étendus à l'ensemble des secteurs concernés, des sanctions dissuasives et appliquées, et une protection effective pour les travailleurs qui osent parler. La parole du ministre a libéré quelque chose. Il faut maintenant que l'État tienne sa promesse envers ceux qui, depuis dix ans, attendent un contrat et un salaire digne de ce nom.
Par Fredhérick EBIE EVOUNA
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